Une allitération pas piquée des hannetons pour parler drainage lymphatique, circulation des énergies et fringales de vie.
Marta, c’est le prénom de « ma masseuse » (oui, excusez-moi du peu.) Elle est spécialisée en alignement des chakras lunaires, mais surtout en drainage lymphatique, selon la très réputée méthode « Renata França ». Il s’agit d’une fée autoritaire aux épaules larges et yeux translucides, arborant une blondeur, un accent et un zeste d’austérité qui colle bien avec l’idée que j’ai des femmes originaires des pays de l’Est. Je suis à peine arrivée, qu’elle me met une tisane entre les mains : « Buvez, c’est de l’hibiscus ». Je sais alors que le compte à rebours est lancé, et que j’ai précisément 17 secondes pour la boire avant qu’elle ne m’invite, que dis-je, ne m’ordonne, de m’allonger. Marta donne des ordres, mais comme je sais que c’est pour mon bien, je m’exécute, toujours en me tortillant de bonheur. Alors que débute le pétrissage vigoureux, ensuquée par les vapeurs de cire chaude mêlées à l’huile de coco, je me remémore les dernières semaines, vécues à mille à l’heure.
Je me suis en effet adonnée à l’étape n° 1 de mon plan pour (re) prendre le cap de cette trentaine, à savoir « le » fameux grand ménage métaphorique et thérapeutique, au cours duquel RIEN n’a échappé à ma frénésie. J’entends par là que la chaudière a été révisée, le four pyrolysé, les joints de douches refaits et les boîtes de rangement étiquetées (un des plaisirs simples de la vie, clairement sous-coté).
C’est perchée sur mon escabeau, contemplant le travail achevé accompagnée par l’exaltante Aretha Franklin, que j’ai pris conscience que cette boulimie de netteté venait clôturer l’une des énièmes périodes d’effervescence que je traverse cycliquement et que je qualifierais de « fringale de vie ».
Durant ces moments, qui durent en général plusieurs semaines, je me sens comme invincible. Je rentre en ébullition, virevoltant entre diverses mondanités et dancefloor, me nourrissant avec avidité de culture sous toutes ses formes, alternant préparation pour semi-marathon et dernier resto à la mode. Je veux tout voir, tout lire, tout goûter, tout ressentir, tout apprendre. Je peux dormir 5h par nuit, travailler 10h par jour et enchaîner, avec le sentiment d’être une femme badasse. Portant un regard plutôt critique sur cette vie qui va bon train, je suis la première à me dire « Mets la clim Josette, faudrait pas que le burn-out te guette, va plutôt faire un cours de yin au lieu de te déhancher sur Céline ».
Pour la première fois, je m’interroge. Dois-je vraiment chercher à me canaliser ? Jusqu’alors, je m’étais convaincue que ces périodes étaient malsaines, ne pouvaient pas s’intégrer à une vie équilibrée, et qu’il fallait que j’apprenne à doser, à faire régner calme et lenteur dans ce quotidien enflammé. Je m’étais persuadée qu’elles venaient m’anxiolyser dans des moments inconscients, où saisie par la fatalité de la vie, un F.O.M.O sans limites s’emparaient de moi, m’obligeant à maintenir ce rythme effréné. Mais quand je regarde en arrière, force est de constater que déjà petite j’avais une certaine passion pour les « soirées moules-frites DJ Lolo », trépignant d’impatience d’obtenir ma majorité pour me payer ma première vodka-Kas en boîte. Je me rappelle déjà qu’à l’époque, je ressentais en moi ces étincelles de vie, cette boule d’excitation chaude, avec la hâte de pouvoir explorer le « monde » par-delà les frontières du jardin de la maison.
Je pense qu’avoir fait un petit tour dans mon enfance m’a permis de comprendre que cette faim de lionne m’appartenait, m’était essentielle, et qu’il n’y avait pas de raison que je cherche à la juguler. Au contraire, je me suis mise à accompagner, suivre cette énergie, en la regardant avec la fascination d’une bête curieuse. Et quand, presque soudainement, le tourbillon cesse me faisant sortir de ma transe, je respecte ces temps de récupération dont je me délecte, qui s’imposent naturellement.
Alors que Marta me chatouilles le creux des genoux pour débloquer mes nœuds lymphatiques, je comprends que mon équilibre à moi n’est pas linéaire. Il ressemblerait plus à une vague. Cette image me plaît, car en bonne surfeuse que je rêve d’être, j’ai bien l’intention de la surfer, cette vague. Et figurez-vous que depuis que je ne suis plus en lutte contre moi-même, je me sens revigorée.
Et vous, quelle est votre énergie ? Plutôt RENATA FRANCA ou ARETHA FRANKLIN ?
Ps : pour ceux que ça intéresse, je me suis risquée à demander à Marta d’où venait son charmant accent. Sa réponse : Madrid.
Voilà, voilà.