25 FEVRIER

Histoire d'une rencontre fulgurante.

« Je comprends que mon sex-appeal t'ait déstabilisé », fut ta phrase d’accroche après que avoir liké ton profil, révélant en pôle position, une photo de ton cul, nu, au sommet d’une montagne. Mon instinct de louve en chaleur me laisse dire que je ne peux laisser passer une telle opportunité. Swipe à droite, match, game on. Vous auriez raison de vous questionner sur mes critères de sélection sur les apps, mais je vous répondrais que « c’est avant tout une affaire de connexion, qui peut tout à fait s’appréhender virtuellement à condition d’être ancrée dans le moment présent ». Je disjoncte mais pas tellement, car je pressentais que ce date n’allait pas être comme les autres.

On se rencontre 2 jours plus tard, un mardi soir. 25 février. Bar de la Concorde. Il m’a immédiatement plu. Un regard malin, des yeux verts (ma couleur préférée!), une voix rauque et assez grave, un accent qui nous vient du Gers (oh oui, j’adore le foie gras ). Il vient de Condom, me fait une blague sur les capotes (j’adore, il a trop d’humourrr), et ça y est, je suis conquise. Fastoche.

Le deal : ne pas parler de notre métier. Moins fastoche, et pourtant. On parle de voyages, ou plutôt d’aventures, de cul, de nos rêves, de ton tatouage sur la fesse droite, du prétendu miens sur la fesse gauche ( « à l’abordage », j’ai osé dire ça…). On se raconte des blagues : « Qu’est-ce qui est jaune et qui cours vite ? ». Tu me regardes me déhancher pour aller aux toilettes. Oui, un date tient parfois juste à un jean push up. Notre serveur, Thibault, saisi d’une passion pour notre romance débutante, prend très au sérieux son rôle de Cupidon en nous arrosant régulièrement de shooters. 5h plus tard, on se roule une énorme galoche d’un bon quart d’heure sans reprendre notre souffle, en plein milieu d’un passage piéton, sous une fine pluie d’hiver. Bourrée, la goutte au nez, j’enfourche mon vélo le cœur léger, persuadée que la maxi gueule de bois du lendemain vaut largement le coup de cette soirée. Nous scellons cette rencontre par l’envoi d’une ribambelle de messages, tous plus insensés les uns que les autres. Je conclus la conversation en te surnommant « bb ». Je me réveille de mon coma l’air ahuri par ces échanges, en priant le dieu Tinder pour que tu n’ais pas pris peur à la lecture de ces deux petites lettres d’amour maternant, inscrites de manière beaucoup trop prématurée.

Heureusement pour moi, t’es un aventurier, un peu l’Indiana Jones du love, et il en faut un peu plus pour te faire peur. Je me laisse penser que ce sont les quelques traits d’esprit et boutades dont je t’ai fait part qui nous ont amenés à nous revoir, et nous voilà désormais un an plus tard. 25 février 2026, bar de la Concorde, je continue de t’aguicher en robe moulante, en me remémorant l’année écoulée. Lentement, on s’apprivoise, on se décode. Je comprends l’expression « Monter lentement dans un immense amour ». Je suis ton « petit cœur en miel », ta « Dame », ta « douceur », et toi « ti è mon tigrrrèè ».

J’apprends ton odeur, un mélange assez peu descriptible de transpiration mêlée à l’huile de coco que tu mets sur tes folles bouclettes. Je me fascine du tout petit grain de beauté que tu as sous l’œil gauche et des petites fossettes que tu fais découvrir avec ton sourire d’enfant. Je me délecte des caresses de tes mains (miam) et j’essaie de déchiffrer le fameux tatou sur ta fesse (chéri, il y a écrit quoi stp ???). Je découvre ta joyeuse personnalité, qui introspecte sa part d’ombre, se remet en question. Je me laisse toucher par les mille attentions que tu me témoignes. Les petits mots doux que tu disperses dans mes affaires, le café que tu me prépares le matin, les fleurs que tu m’offres, les recettes que tu testes dans ton coin, pour ensuite ne me cuisiner que les plus concluantes. Je ne me lasse pas de ta capacité à m’envelopper de ton affection à l’instant où le réveil sonne, et des câlins interminables, qui finissent par me mettre en retard le matin. Je m’amuse de ta passion pour Groot. Je m’apaise quand tu caresses mes cheveux. Et je crois (j’ai dit je crois), que j’aime aussi quand tu prends cet air exaspéré lorsque tu es contrarié, tellement caricatural que cela te rend assez drôle.

Le regard que tu me portes me met suffisamment en confiance pour laisser ma bizarrerie s’exprimer. À tes côtés, je peux me transformer en un joyeux lutin beauf tout frétillant, mais pas au point de péter dans le lit, calme-toi.

J’aime et je partage ta volonté d’être une personne meilleure, œuvrant pour mener une vie plus cohérente, alignée et engagée. Je sais que nous partageons une vision commune de couple, un espace de complicité et de sécurité, mais aussi d’indépendance, où l’on se sent soutenu et aimé dans son individualité.

Merci de mettre ton énergie pour m’aider à co-construire, à questionner, à définir les contours de ce petit cocon d’amour sur mesure et dynamique, tout en résistant à la tentation de la fusion qui, aussi alléchante soit-elle, transformerait cette jolie rencontre en une fade réplique des échecs de nos relations passées.

Merci de vouloir le meilleur pour moi, et de croire que je suis la meilleure, j’aime penser que dans ton monde à toi c’est le cas, parce que dans la vraie vie, il y a quand même Greta Thunberg.

Il paraît qu’il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour. Et moi, j’en suis ensevelie, alors merci pour cela.

Joyeux 1 an « bb »,

PS : …Un citron pressé.

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Tribulations d'une trentenaire.

Par Lucie Aventin

À propos de l’auteur de Tribulations d'une trentenaire. …

Je m’appelle Lucie, j’ai officiellement 32ans (oups, un petit plus qu’annoncé). Je suis médecin, j’aime lire et réfléchir. L’écriture est pour moi un support d’apaisement, de clarification. C’est par hasard que je me suis lancée dans cette mini aventure, d’une écriture plus publique et régulière. J’espère pouvoir ici me lâcher, et qui sait peut-être aussi vous toucher, vous faire rigoler et idéalement même vous soutenir.

Je vous souhaite à tout.e.s un joli parcours qui vous ressemble, fait de chemins détournés, de rencontres, d’heureuses surprises et de résilience.

Agréable lecture,

Lucie.

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