PAS PRETE

Si toi aussi tu as pris le virage de la trentaine comme Lewis Hamilton négocierait un virage de Grand Prix, la maîtrise en moins, alors embarque toi dans la lecture...

C’est-à-dire qu’on ne m’avait pas vraiment prévenu.

Je suis arrivée à la trentaine sans voir le panneau indiquant « attention, ceci est une transition ». Hardos la transition. Disons que si j’avais su, j’aurai volontiers troqué le coupé cabriolet de mes « 20ans cheveux aux vents » contre le 4X4 tout terrain avec gardes boues. Je crois qu’il devrait y avoir une personne préposée à nous avertir de ces passages de vie secouants. Nos parents, en règle générale, ont eux-mêmes connu le crash au virage, sans franchement l’analyser. Mais il y a bien une tante dans toutes les familles avec un peu de sagesse et de jugeote capable de nous aviser : « je serais toi, je m’accrocherais à la rambarde, ce passage est un peu délicat ».

C’est en effet sans crier gare, que le petit socle de certitudes sur lequel je comptais me hisser pour avancer en toute tranquillité, venait de foutre le camp. Subitement, le sol se dérobe sous mes pieds.

L’Amour, avec un grand A ? Celui qui brûle, chatouille, te mets en extrasystoles ? De lui, tu te méfieras. Et moi qui pensais, absolument convaincue, que c’était le véritable et l’inébranlable. Jusqu’à que lui aussi prenne la poudre d’escampette en me laissant à terre, tel un soldat qui s’est trop bien battu au front. Ainsi gisant, vidée de tout énergie, la dépendance affective chevillée au corps, je tente de me relever. Un poil drama, mais pas si loin de la vérité.

De ton travail, tu te détacheras. Qui suis-je si je ne suis pas médecin anesthésiste-réanimatrice ?  Qui repousse plus la mort, qu’elle ne sauve des vies ? Comment assimiler ces désillusions, quand pendant onze années d’études acharnées, j’ai nourri le petit sauveur qui sommeille en moi à grand coup d’une réalité fantasmée sur ce qu’est mon métier ? Comment répondre à ce besoin de sens et de contribution quand l’interface te permettant d’y répondre te déçoit ? Vous avez 3 heures.

Mes amis, mes amours, mais peut-être pas pour toujours. Quand organiser un brunch devient aussi difficile que de prendre un rendez-vous à la préfecture à 16h moins dix, que le prix au mètre carré hante toutes les conversations, que choisir entre un golden ou un corgi devient une question épineuse, tu comprends qu’il est loin le temps des teq paf prises sur les capots de bagnoles en féria. Et oui, chacun sa jeunesse… Alors comment garder en position centrale ces amitiés qui jusqu’ici nous nourrissaient follement, quand chacun décide de faire sa propre popote dans son coin ?

Vous l’avez donc compris, je ne sauve pas des vies tous les jours. Je ne suis pas mariée à mon âme sœur. Je ne voltige pas avec un crédit qui m’a permis de m’offrir cette fameuse maison en bois avec sauna, vue sur les Pyrénées sans vis-à-vis, mini âne et potager partagé. Non. Je suis plutôt actuellement hébétée sur mon canapée, en mi post-cuite/mi post drainage lymphatique. Je m’efforce de déposer ici mon état circonspect, avec la ferme intention de m’employer à creuser, telle une archéo-socio-anthropologue, pour trouver un substrat de réponse à tous ces questionnements existentiels.  C’est ici que je fais ma thérapie en somme. Enfin là et sur le fauteuil de ma psy. Ecrire pour déconstruire, larmoyer, se laisser traverser, rigoler aussi. Je compte remettre de la légèreté, dans ce passage de vie que j’ai abordé avec beaucoup de trop de sérieux, de peurs, et de fausses croyances. Je viens chercher une ancre. L’ancre par l’encre, si c’est pas beau ça.

Et donc j’ai trente ans. Trente et Un pour être précise. La claque.

Tribulations d'une trentenaire.

Par Lucie Aventin

À propos de l’auteur de Tribulations d'une trentenaire. …

Je m’appelle Lucie, j’ai officiellement 32ans (oups, un petit plus qu’annoncé). Je suis médecin, j’aime lire et réfléchir. L’écriture est pour moi un support d’apaisement, de clarification. C’est par hasard que je me suis lancée dans cette mini aventure, d’une écriture plus publique et régulière. J’espère pouvoir ici me lâcher, et qui sait peut-être aussi vous toucher, vous faire rigoler et idéalement même vous soutenir.

Je vous souhaite à tout.e.s un joli parcours qui vous ressemble, fait de chemins détournés, de rencontres, d’heureuses surprises et de résilience.

Agréable lecture,

Lucie.

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